dimanche, août 25, 2019
Sophie BESSIS : « la Tunisie est dans le déni total de son africanité »

Ce jeudi 28 février s’est tenu à l’Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain IRMC un séminaire sur les migrations, mobilités et circulations intra-africaines. Le thème choisi pour cette journée était : « Diplomatie et coopération entre la Tunisie et l’Afrique subsaharienne depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui »

Il était exactement 17H30 lorsque Mme Betty Rouland, chercheure à l’IRMC annonça le début de la rencontre, puis elle fit la présentation de la conférencière. C’était alors au tour de l’historienne, chercheure associée à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), Mme Sophie BESSIS, intervenante de la soirée de nous entretenir sur le sujet.

Durant 45 min, la conférencière va nous emporter dans un voyage de l’histoire des relations entre la Tunisie et l’Afrique subsaharienne de l’époque médiévale, marquer selon elle par les échanges négriers d’avec l’Afrique subsaharienne dont Tozeur était l’un des grands marchés jusqu’en 1846.

Sophie BESSIS, Historienne chercheure

Depuis l’époque contemporaine les relations entre la Tunisie et l’Afrique subsaharienne sont de « simple relations sans grandes implications » car selon elle « les relations d’échanges durant cette époque n’ont vraiment jamais décollée »

 « alors que les années 50 marquaient le début du panafricanisme, c’est en ce moment que la Tunisie va se désintéresser davantage à l’Afrique subsaharienne. Paradoxalement le président tunisien d’alors M. Habib BOURGUIBA aura des liens amicaux très étroit d’avec M. Félix Houphouët Boigny, président de la République de Côte d’Ivoire » et l’aspect qui influençait ce désintéressement était que, selon Mme BESSIS : « la politique de Bourguiba était tournée vers l’Europe » Cependant cette réserve dans les relations entre la Tunisie et l’Afrique subsaharienne ne l’a pas empêché de prendre part à la création de l’OUA l’Unité Africaine, ancêtre de l’Union Africaine.

Ses relations deviendront encore pires au cours du règne de M. Ben Ali car, dit-elle : « la diplomatie Ben Ali était caractérisée par le provincialisme… »

Ce n’est qu’en 2011, après la crise du printemps arabe que l’Afrique subsaharienne va apparaître dans les radars tunisiens. On pouvait en ce moment dénombrer 500 entreprises tunisiennes en Afrique subsaharienne pendant que des pays comme l’Algérie en avaient plus de 2600.

La conférencière  s’est aussi penchée sur la diminution du flux des étudiants subsahariens qui étaient plus de 12000 en 2010 et 8000 en 2012 et qui passera à moins de 4500 en 2018 dû au mauvais accueil de la population tunisienne et des difficultés administratives.

Toutefois elle a relevé que des efforts considérables avaient étés consentis jusqu’à aujourd’hui à travers plusieurs actions menées par l’Etat et les entreprises tunisiennes qui ont compris que l’Afrique subsaharienne pourrait constituer un nouveau marché à fort potentiel économique. Et la TABC s’illustre très bien à travers ses ambitions et sa politique d’investir toute l’Afrique. Aussi les associations de la société civile qui font mains et pieds pour faciliter l’inclusion des communautés subsahariennes qui aboutira en 2018 sur la loi condamnant tout acte de discrimination raciale.

Après les 45 min d’exposé le débat fut ouvert et le publique venu écouter brilla par la pertinence de son intervention à mieux comprendre pour certains et à apporter des additifs pour d’autres. Rappelons qu’il y avait à cette assemblée plusieurs personnalités diplomatiques, universitaires et des étudiants en fin de cycle.

 BEDEL GNABLI – RLF MEDIA

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